Vous venez de faire monter des pneus moto neufs. Ils sont beaux, tout propres, presque trop parfaits. Vous les regardez comme si votre moto sortait d’un shooting photo. Et là, une petite voix vous souffle une idée brillante, du style : allez, on va voir ce qu’ils ont dans le ventre dès le premier rond-point. Mauvaise pioche. Vraiment.
Je suis Benoit, passionné de bécanes, de mécanique et de ces petits détails qui font toute la différence entre une sortie plaisir et une glissade aussi élégante qu’un pingouin sur une plaque de verglas. Le rodage des pneus moto neufs, c’est l’un de ces sujets que beaucoup prennent à la légère. Pourtant, les premiers kilomètres sont cruciaux. Ce n’est pas une formalité. Ce n’est pas non plus une punition inventée pour frustrer les motardes et motards impatients. C’est une vraie phase d’adaptation, pour vous, pour la moto, et surtout pour le pneu.
Quand on parle de roder des pneus moto neufs, on parle d’augmenter progressivement la sollicitation. En clair, vous laissez le temps à la bande de roulement de se stabiliser, aux flancs de commencer à travailler, et à votre cerveau de recalibrer les sensations. Car un pneu neuf, ce n’est pas seulement un pneu qui accroche moins au début. C’est aussi un pneu qui change la direction, le freinage, l’angle, la vivacité, parfois de manière spectaculaire. Une moto équipée de gommes neuves peut donner l’impression d’avoir bu trois expressos.
On lit souvent tout et son contraire sur le sujet. Certains parlent de paraffine, d’autres jurent qu’il faut du papier de verre, d’autres encore affirment qu’avec telle marque c’est inutile. Michelin, Bridgestone, Metzeler, Dunlop ou d’autres, le principe reste le même : prudence, progressivité, observation. Les technologies ont évolué, oui. Mais le bon sens, lui, reste furieusement moderne.
Dans cet article, on va voir ensemble comment roder des pneus moto neufs en sécurité, sans folklore inutile, sans légende de paddock racontée entre deux cafés tièdes. Surtout, on va passer en revue 7 erreurs à éviter dès les premiers kilomètres. Parce qu’en moto, mieux vaut apprendre avec un article qu’avec une frayeur. C’est généralement plus confortable pour le cuir, l’ego, et le portefeuille.
Installez-vous. On va parler grip, pression, trajectoires, météo, freinage, et petites habitudes parfois trompeuses. Le tout avec un ton simple, concret, et quelques vérités qui sentent le vécu. Oui, celui qui pique un peu, mais qui peut vous éviter de transformer votre premier virage en épisode spécial de cascade low cost.
Pourquoi un pneu neuf demande une vraie période d’adaptation
Avant d’attaquer les erreurs, il faut comprendre un point simple : un pneu neuf n’offre pas immédiatement son plein potentiel. Ce n’est pas parce qu’il est neuf qu’il est prêt à tout encaisser. Ce serait trop facile. Et franchement, en moto, tout ce qui semble trop facile cache souvent une leçon un peu coûteuse.
Un pneu sorti de montage peut présenter une surface très lisse. Selon les procédés de fabrication et de démoulage, la couche extérieure n’a pas encore été travaillée par la route. Le contact au sol existe bien sûr, mais il n’est pas encore optimisé comme après quelques dizaines, voire quelques centaines de kilomètres de roulage souple et varié.
Il y a aussi l’aspect comportemental. Un pneu neuf, surtout si vous changez de modèle, de profil ou de marque, peut modifier profondément la moto. Direction plus légère, mise sur l’angle plus rapide, sensation de bascule, meilleure agilité, ou au contraire impression de rondeur différente : tout cela se découvre. Et ce n’est pas le moment de piloter en mode héros de générique.
On me demande souvent : combien de kilomètres faut-il pour roder des pneus moto neufs ? Réponse honnête : cela dépend. Du pneu, de votre conduite, des routes, des conditions météo. Beaucoup de motardes et motards retiennent une base prudente de 100 à 200 km. C’est une fourchette réaliste. Certains pneus semblent plus vite à l’aise, d’autres réclament un peu plus de progressivité. L’important n’est pas de cocher un chiffre magique, mais d’adopter une montée en charge progressive.
Autrement dit, vous ne cherchez pas à roder rapidement à tout prix. Vous cherchez à roder correctement. La nuance est énorme. Un bon rodage ne consiste pas à survivre 150 km en ligne droite sur autoroute. Il consiste à faire travailler le pneu progressivement dans différentes situations, sans brutalité. C’est moins spectaculaire qu’une vidéo embarquée avec musique épique, mais infiniment plus intelligent.
Erreur n°1 : partir trop fort en se disant que ça va le faire
C’est l’erreur la plus classique. Et probablement la plus bête. Vous récupérez la moto, vous sentez qu’elle tourne mieux, qu’elle tombe plus facilement sur l’angle, qu’elle semble plus vive, et là… vous vous dites que le grip moderne va tout pardonner. Non. Le grip moderne est formidable, mais il n’est pas magicien.
Le vrai piège, c’est que les premiers kilomètres peuvent donner une fausse impression de sécurité. Tout va bien en roulant droit. Le freinage calme se passe sans histoire. Et soudain, au premier rond-point pris avec un peu d’enthousiasme, vous découvrez que le pneu n’est pas encore prêt à jouer à Fast and Furious version col de montagne. Votre niveau de confiance monte souvent plus vite que le niveau réel d’adhérence disponible. C’est là que les ennuis commencent.
Ce qu’il faut faire à la place
Les premiers kilomètres doivent être roulés en douceur. Pas comme si vous transportiez une pyramide de verres à pied, mais presque. Accélérations progressives. Freinages mesurés. Angles pris tranquillement. Vous laissez le pneu monter en température doucement et vous découvrez ses réactions. En pratique, les premiers trajets doivent ressembler à une conversation polie, pas à une dispute familiale à Noël.
Essayez de varier les routes. Ville, départementale, enchaînements légers, quelques courbes progressives. Évitez de tout miser sur une longue portion monotone. Le pneu a besoin de travailler sur différentes zones de sa bande de roulement. Vous aussi, vous avez besoin de sentir comment il réagit.
Un exemple très concret
J’ai déjà vu un motard sortir du garage, faire dix minutes de trajet tranquille, puis arriver sur un grand rond-point dégagé et se dire : bon, maintenant on peut pencher. Résultat : gros rappel à l’ordre de l’avant. Pas forcément la chute, mais la micro-glisse qui vous remet les idées dans le casque à la vitesse de la lumière. Le genre de moment où vous entendez presque votre dignité murmurer : on rentre ?
Si vous voulez en profiter pour vérifier aussi que votre équipement est vraiment adapté pendant cette phase sensible, jetez un œil à ce guide sur bien choisir vos gants moto. Quand les sensations changent, avoir les mains à l’aise sur les commandes, ce n’est pas du luxe.
Erreur n°2 : croire qu’un rodage se fait en ligne droite uniquement
Il y a une vieille tentation : faire 100 km d’autoroute ou de voie rapide et considérer le travail comme terminé. Techniquement, vous aurez roulé. Pratiquement, vous n’aurez pas vraiment rodé votre pneu comme il faut. Parce qu’un pneu ne travaille pas seulement au centre. Il doit aussi être sollicité progressivement sur les épaules, avec de petits angles croissants, dans des conditions maîtrisées.
Rouler tout droit ne suffit pas. C’est même l’un des meilleurs moyens de se retrouver avec un centre déjà utilisé et des flancs encore peu exploités. Puis, lors de la première balade dynamique, vous allez chercher de l’angle sur une zone encore peu rodée. Et là, surprise. Pas la surprise joyeuse avec cadeau. L’autre.
Le bon réflexe
Privilégiez un itinéraire varié et fluide. Pas besoin de partir à l’assaut d’un col mythique dès le montage. Cherchez plutôt des routes avec de grandes courbes lisibles, des virages progressifs, peu de circulation, et un revêtement correct. L’objectif est de faire travailler le pneu par étapes. On ouvre l’angle doucement, kilomètre après kilomètre, sans forcer.
Pensez aussi à votre gestuelle. Soyez souples sur les commandes. Accompagnez la moto. Évitez les changements d’angle brusques, les remises de gaz sèches en sortie de courbe, et les freinages appuyés moto penchée. Le pneu neuf n’aime pas être traité comme s’il devait passer un casting pour une scène d’action.
Une image simple pour s’en souvenir
Un pneu neuf, c’est un peu comme une paire de chaussures neuves pour une longue marche. Si vous partez direct pour un marathon en courant dans les escaliers, vous allez regretter vos choix de vie. Si vous les faites tranquillement à votre pied, tout se passe bien. La logique est la même, avec un peu plus de chevaux et un peu moins de semelles.
Erreur n°3 : négliger la pression avant de commencer le rodage
Le pneu est neuf, donc on suppose que tout est parfait. Mauvaise habitude. La pression est un élément central du comportement de la moto. Et un pneu mal gonflé, même neuf, peut vous envoyer de très mauvais signaux. Sensation de lourdeur, direction floue, échauffement anormal, usure inadaptée, manque de ressenti. Bref, un cocktail peu glamour.
Après un montage, il faut vérifier la pression à froid. Toujours. Pas la veille, pas de mémoire, pas au doigt façon grand druide du paddock. Avec un manomètre fiable. Les valeurs recommandées par le constructeur de la moto sont votre base. Ensuite, selon l’usage, la charge, le duo ou le type de pneus, on peut adapter. Mais pour le rodage routier classique, on reste sur les préconisations de départ.
Pourquoi c’est si important pendant les premiers kilomètres
Parce qu’au début, vous cherchez à comprendre vos sensations. Si la pression est mauvaise, vous ajoutez une variable parasite. Vous ne savez plus si le comportement étrange vient du pneu neuf, du profil différent, ou d’une pression bancale. Et là, l’analyse devient aussi fiable qu’un horoscope écrit un lundi matin.
Une pression correcte aide le pneu à travailler comme prévu. Elle stabilise le comportement, améliore la mise en température et vous donne un retour plus sain. En clair, elle évite de prendre un problème simple pour un mystère existentiel.
Si le sujet vous intéresse pour un usage plus sportif, notamment sur circuit, vous pouvez lire ce guide très utile sur le réglage précis de la pression sur piste. Sur route, on reste bien sûr dans un cadre différent, mais comprendre l’importance de la pression aide toujours à mieux sentir sa moto.
Petit rappel pratique
- Contrôlez la pression à froid, idéalement avant de rouler.
- Suivez les valeurs recommandées par le constructeur de la moto.
- Revérifiez après quelques jours si nécessaire.
- N’oubliez pas que duo, bagages et température extérieure influencent les sensations.
Erreur n°4 : vouloir enlever la couche de surface avec du papier de verre ou des méthodes miracles
Alors là, on entre dans le musée des idées tenaces. Oui, on trouve encore des conseils consistant à poncer légèrement les pneus neufs au papier de verre pour enlever la fameuse pellicule. Dit comme ça, ça sonne astucieux. En réalité, c’est souvent inutile, parfois maladroit, et globalement pas la meilleure façon de traiter un organe de sécurité majeur.
Le fameux thème rodage pneu moto papier verre revient régulièrement dans les recherches. Je comprends pourquoi. On cherche une solution rapide. Une astuce de vieux briscard. Un raccourci génial. Le problème, c’est qu’en matière d’adhérence, les raccourcis ont une vilaine tendance à finir dans les fossés ou à minima dans les conversations gênées du type : pourtant, on m’avait dit que…
Pourquoi ce n’est pas une bonne idée
Un pneu moderne est conçu pour être utilisé sur route, pas bricolé à l’établi comme un vieux meuble de garage. Un ponçage approximatif peut créer une surface irrégulière, altérer la qualité de contact, ou simplement vous donner une confiance artificielle. Et la confiance artificielle, en moto, c’est un peu comme les promesses de météo au printemps : ça peut tourner très vite.
La meilleure méthode reste la plus simple : rouler progressivement. Laisser le revêtement travailler naturellement la surface du pneu. Rien de spectaculaire, mais c’est précisément ça qui fonctionne.
Et la paraffine alors ?
Le mot revient souvent : enlever paraffine pneu moto. En pratique, les pneus modernes ne se résument pas à une couche magique unique qu’on gratterait comme une croûte de caramel. Il peut exister des agents liés au processus industriel, mais l’idée importante à retenir est la suivante : on ne remplace pas un rodage progressif par une astuce de bricolage.
Un pneu neuf ne se prépare pas avec une feuille abrasive et une confiance aveugle. Il se découvre avec méthode, calme et quelques kilomètres de bon sens.
Benoit
Erreur n°5 : attaquer sur route froide, mouillée ou sale comme si les conditions n’avaient aucune importance
Un pneu neuf a besoin de progressivité. Une route froide, humide ou couverte de poussière demande déjà de la prudence avec des pneus rodés. Vous voyez venir l’équation. Additionner les deux, c’est cumuler les difficultés. C’est un peu comme apprendre à danser sur un trampoline savonné. On peut tenter. On peut aussi préférer une vie plus paisible.
Les premiers kilomètres devraient idéalement se faire dans de bonnes conditions. Température correcte, route sèche, visibilité bonne, trafic modéré. Pas besoin d’attendre la bénédiction cosmique, mais si vous avez le choix entre une matinée humide de janvier et une après-midi douce sur route propre, prenez la seconde option sans hésiter.
Les zones les plus piégeuses
- Les ronds-points, surtout peints ou sales.
- Les bandes blanches et marquages au sol.
- Les sorties de station-service.
- Les zones ombragées en hiver.
- Les routes de campagne avec gravillons ou terre ramenée par les tracteurs.
Le problème, ce n’est pas seulement l’adhérence réduite. C’est aussi le fait que vous êtes en phase d’apprentissage avec le pneu. Vos repères ne sont pas encore complètement recalés. Tout va un peu plus vite dans la tête. Donc on simplifie le contexte. On ne se rajoute pas des pièges bonus.
Une anecdote qui sent le vécu
Je me souviens d’une sortie où un ami venait de monter des pneus neufs juste avant un départ matinal. Température fraîche, route un peu humide, premier rond-point décoré à la poussière agricole. Le pneu n’a pas fait de miracle et la moto non plus. Plus de peur que de mal, heureusement. Mais le café du matin a été bu avec un supplément d’humilité. Et bizarrement, tout le monde a roulé plus doux ensuite.
Erreur n°6 : freiner et accélérer brutalement pendant le rodage
Quand on pense au rodage des pneus, on pense souvent surtout à l’angle. C’est normal. Pourtant, les sollicitations longitudinales comptent tout autant. Un gros freinage sur l’avant ou une remise de gaz sèche sur l’arrière peut surprendre un pneu encore en phase de mise en confiance. Et vous avec.
Le rodage concerne l’ensemble des efforts appliqués au pneu. Il faut donc éviter les gros transferts de charge inutiles pendant les premiers kilomètres. Pas de départ canon au feu rouge pour célébrer vos gommes neuves. Pas de freinage de trappeur pour tester vos plaquettes. Le pneu neuf n’est pas là pour valider vos élans de cascadeur du dimanche.
Comment doser intelligemment
Freinez progressivement. Mettez de la pression sur le levier avec douceur puis augmentez si besoin. Faites pareil avec les gaz. Ouvrez proprement, refermez proprement. Vous cherchez de la continuité. Le pneu aime la progressivité. Votre passager aussi, si vous en avez un. Et d’ailleurs, si vous roulez à deux, pensez à vérifier les bases côté sécurité avec cet article sur les règles utiles pour le passager. Pendant le rodage, mieux vaut que tout le monde soit bien équipé et bien briefé.
Le lien avec la température
Un pneu donne son meilleur lorsqu’il fonctionne dans une plage adaptée. Sans entrer dans un tunnel technique, retenez ceci : les gros efforts à froid sont rarement de bons amis. Durant le rodage, l’idée n’est pas de chauffer le pneu à tout prix, mais d’atteindre des conditions de fonctionnement de manière progressive et naturelle. Les accélérations et freinages violents font l’inverse de ce qu’il faut : ils brusquent le système au lieu de l’accompagner.
Erreur n°7 : ignorer les sensations de la moto et rouler comme si rien n’avait changé
C’est une erreur sournoise, parce qu’elle ne vient pas forcément d’un excès d’enthousiasme. Parfois, elle vient de l’habitude. Vous connaissez votre moto par cœur. Vous savez comment elle freine, comment elle tourne, comment elle se relève sur les freins, comment elle tracte à la remise des gaz. Puis vous montez des pneus neufs… et vous continuez à rouler comme si tous vos repères étaient restés identiques.
Or, selon le modèle choisi, le changement peut être énorme. Un profil plus pointu peut rendre la moto plus vive. Un pneu plus routier peut la rendre plus stable mais moins incisive. Une carcasse différente peut modifier la lecture du bitume. Votre machine peut sembler transformée. Et ce n’est pas dans votre tête. Enfin, pas seulement.
Ce qu’il faut observer
- La vitesse de mise sur l’angle.
- Le ressenti du train avant en entrée de virage.
- La stabilité sur l’angle constant.
- La réaction à la remise des gaz.
- Le comportement au freinage en ligne.
- La façon dont la moto absorbe les défauts du revêtement.
Ces éléments se découvrent sur plusieurs trajets. Pas en un seul aller-retour à la boulangerie. Même si, soyons honnêtes, toute excuse est bonne pour un détour en moto. Le plus important, c’est de rester à l’écoute. Si la moto vous paraît plus vive, accompagnez-la. Si elle semble un peu différente au freinage, redonnez-vous de la marge. Bref, vous refaites connaissance.
Changer de marque, c’est parfois changer de langage
On voit beaucoup de recherches du type rodage pneu moto Michelin, rodage pneu moto Bridgestone, rodage pneu moto Metzeler ou rodage pneu moto Dunlop. C’est logique. Chaque motarde ou motard veut savoir si sa marque change la donne. La réalité, c’est qu’il existe des différences de ressenti selon les profils et les technologies. Mais le principe de prudence reste universel. Peu importe l’étiquette sur le flanc, un pneu neuf mérite un temps d’adaptation.
| Situation | Ce qu’il vaut mieux faire | Ce qu’il vaut mieux éviter |
|---|---|---|
| Sortie du garage après montage | Rouler calmement et observer les sensations | Prendre un rond-point en mode qualification |
| Premiers 20 à 50 km | Varier les routes et les allures sans brutalité | Ne faire que de l’autoroute en ligne droite |
| Freinage | Freiner progressivement, moto droite autant que possible | Piler pour voir si tout mord fort |
| Virages | Augmenter l’angle petit à petit | Chercher tout de suite les limites sur les flancs |
| Météo fraîche ou humide | Redoubler de douceur et de vigilance | Supposer que le pneu neuf compensera tout |
| Pression | Vérifier à froid selon les préconisations | Rouler au hasard ou se fier à une impression |
| Le bon rodage n’est pas lent par obligation, il est progressif par intelligence. | ||
Combien de kilomètres faut-il vraiment pour roder des pneus moto neufs ?
La question revient sans arrêt, et c’est normal. Tout le monde veut un chiffre. Le cerveau adore les chiffres. Ça rassure. Ça donne l’impression qu’on peut cocher une case et passer à autre chose. En pratique, retenez une plage prudente de 100 à 200 km pour un usage routier normal. Parfois moins peuvent suffire pour sentir une nette amélioration. Parfois un peu plus de temps est nécessaire pour être totalement à l’aise.
Mais attention : ce chiffre n’a de valeur que si le roulage a été varié et progressif. Faire 150 km de ligne droite sans vraiment solliciter les flancs n’équivaut pas à 150 km de route mixte bien menée. Le pneu ne lit pas votre compteur comme un fonctionnaire zélé. Il réagit à ce qu’on lui demande réellement.
Le bon indicateur, ce n’est pas seulement le kilométrage
Le vrai repère, c’est la combinaison entre :
- la disparition progressive de la sensation de surface très lisse,
- l’amélioration de votre confiance en courbe,
- la compréhension du nouveau comportement de la moto,
- une exploitation progressive des différentes zones du pneu.
En clair, le rodage est à la fois mécanique et humain. Le pneu s’adapte à la route. Vous vous adaptez au pneu. C’est un duo. Et comme tous les duos, il fonctionne mieux quand on ne crie pas dès la première répétition.
Comment roder correctement ses pneus moto neufs étape par étape
Maintenant qu’on a vu les erreurs, voici une méthode simple, réaliste et efficace. Pas une recette magique. Une routine de bon sens.
Avant de rouler
- Vérifiez la pression à froid.
- Assurez-vous que le montage a été correctement fait.
- Contrôlez visuellement l’état général des pneus.
- Choisissez si possible un trajet avec route sèche et peu stressante.
Sur les premiers kilomètres
- Roulez tranquillement.
- Évitez les accélérations vives et les gros freinages.
- Prenez les virages avec un angle modéré.
- Restez particulièrement prudents sur les ronds-points.
Entre 20 et 100 km
- Variez les routes et les courbes.
- Augmentez très progressivement l’angle.
- Continuez à soigner vos commandes.
- Observez le comportement de la moto.
Après cette première phase
- Revérifiez la pression.
- Analysez vos sensations.
- Montez progressivement le rythme seulement si tout est clair et sain.
Ce protocole n’a rien de glamour. Je sais. Il manque une musique dramatique et un drone au-dessus d’une route de montagne. Mais il a un avantage fantastique : il réduit sérieusement les risques de mauvaise surprise.
Les idées reçues qui reviennent tout le temps
Un pneu neuf accroche forcément mieux qu’un pneu usé
Sur le fond, un pneu neuf en bon état a un potentiel supérieur à un pneu fatigué. Mais dans les premiers kilomètres, ce potentiel n’est pas encore pleinement exploitable. Donc oui, à terme il fera mieux. Tout de suite, pas forcément.
Avec les pneus modernes, le rodage ne sert plus à rien
Les pneus modernes sont excellents. C’est vrai. Mais excellents ne veut pas dire instantanément exploitables à 100 %. Le rodage reste utile, ne serait-ce que pour vous réadapter au comportement de la moto.
Il suffit de chauffer les pneus pour que ce soit bon
Non. La température joue un rôle, mais elle ne remplace pas la progressivité. Un pneu chaud malmené trop tôt n’est pas soudain devenu un vieux sage zen du grip.
Le papier de verre fait gagner du temps
On l’a vu : ce n’est pas la bonne approche. Le vrai gain, c’est la méthode, pas l’astuce miracle de garage.
Les signes qu’un rodage se passe bien
Bonne nouvelle : quand on fait les choses correctement, le rodage est souvent d’une discrétion absolue. Et c’est exactement ce qu’on veut.
- La moto devient progressivement plus naturelle à piloter.
- Vous sentez mieux le train avant et l’arrière.
- Les mises sur l’angle se font sans appréhension excessive.
- Le freinage reste sain et prévisible.
- Vous n’avez pas de glisse parasite ou de réaction bizarre.
Le bon rodage, c’est celui auquel on ne repense même plus après coup. Pas de frisson inutile. Pas d’alerte mémorable. Pas de conversation embarrassée commençant par : j’ai voulu tester un truc. En moto, l’absence de drame est souvent un excellent bilan.
Ce qu’il faut retenir si vous changez aussi de style de pneu
Parfois, le sujet n’est pas seulement le pneu neuf. C’est aussi le changement de catégorie. Vous passez d’un pneu très routier à un pneu plus sportif. Ou l’inverse. Vous changez de profil, de carcasse, de feeling général. Dans ce cas, double prudence. Car vous rodez non seulement la surface du pneu, mais aussi vos nouveaux repères dynamiques.
Une moto peut devenir plus agile, plus vive à la mise sur l’angle, ou au contraire plus posée. Ces changements sont souvent agréables, mais seulement si vous les découvrez sans précipitation. Sinon, la première sortie peut ressembler à une séance de speed dating mécanique où personne ne comprend vraiment l’autre.
Le conseil complice
Faites votre première vraie balade de découverte en solo, léger, sans pression horaire, et sur une route que vous connaissez bien. C’est là que vous pourrez distinguer ce qui vient du pneu, de la route, ou de votre propre excitation. Et oui, l’excitation fait partie du package. On est humain. Heureusement, sinon les motos seraient bien plus ennuyeuses.
Au fond, roder des pneus moto neufs, ce n’est pas brider le plaisir. C’est le préparer. Vous investissez quelques dizaines de kilomètres de patience pour récupérer ensuite des centaines ou des milliers de kilomètres de confiance. Le calcul est vite fait. Même avec un cerveau déjà occupé à imaginer la prochaine virée.
Donc allez-y doucement au début. Regardez loin. Soyez fluides. Laissez la moto vous parler. Et gardez en tête cette règle simple : sur des pneus neufs, le but n’est pas d’impressionner qui que ce soit. Le but, c’est de rentrer avec le sourire, pas avec une anecdote racontée trop fort pour cacher la trouille.
La route sera toujours plus belle si vous prenez le temps de faire les choses correctement. Et entre nous, un rodage bien mené, c’est peut-être l’un des actes les plus intelligents qu’on puisse faire en moto. Pas le plus spectaculaire, d’accord. Mais clairement l’un des plus malins. Et parfois, être malin vaut mieux que vouloir jouer la légende du bitume avant même le deuxième rond-point.



